Matière à penser

Quand nous ressentons la douleur de l’orteil cogné contre le bord du lit, impossible de nier que nous la ressentons. La douleur n’est peut-être pas dans le pied, mais elle est bien réelle.
Nos perceptions peuvent être trompeuses, nos émotions inappropriées, nos pensées illusoires. Mais elles existent. Ce qui est ressenti existe. Nous en faisons l’expérience directe.
Toute théorie de la réalité, pour être vraie, doit reconnaître que le mental fait partie de ce monde.
Si l’univers est fait de matière, comment nos sensations y apparaissent-elles ? Les neurosciences cherchent des corrélations entre nos états mentaux et les états du cerveau. L’espoir est d’identifier ainsi des mécanismes neuronaux précis liés à ce que nous percevons, ressentons, pensons à chaque instant.
Mais aussi fructueuses que ces études pourront être, elles ne sont pas faites pour expliquer comment l’expérience consciente devient réelle. Décrire un mécanisme qui provoque de la douleur, ce n’est pas décrire comment la douleur elle-même se matérialise. Dire qu’elle « émerge » dans le sillage d’un phénomène biophysique, cela n’explique en rien de quoi la douleur elle-même est faite.
Ni ce qu'est la sensation qu'on appelle "le goût du chocolat".
Si l’univers est fait de matière, l’apparition de notre esprit est alors un profond mystère, le mystère de notre propre existence. Que du ressenti puisse surgir de la matière inanimée parait relever du miracle.
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