Conscience et militance animale
Notre sentiment est qu'on a sous-estimé ce que pouvaient apporter l'exploration et la mise au premier plan de ce fait central : les animaux (humains inclus) sont sensibles. En y travaillant davantage, on découvrira le potentiel considérable qu'elles recèlent. En fait, il se pourrait qu'elles conduisent à faire basculer la « vision du monde » des humains, et par conséquent leurs comportements.
(David Olivier et Estiva Reus, La science et la négation de la conscience animale, 2005)
Je suis de plus en plus convaincu qu’un frein au progrès du mouvement animaliste est qu’on ne se reconnaît pas assez nous-mêmes comme étant des êtres sensibles. Nous n’en prenons pas la pleine mesure, ni collectivement dans notre société, ni individuellement dans nos vies.
Nous tenons pour évident que nous sommes conscients, mais n’en faisons que rarement l’expérience concrète, pris l’essentiel du temps dans nos pensées qui nous possèdent et parfois nous tourmentent. Il nous faut développer notre pensée sur la conscience, mais aussi notre capacité à la ressentir.
Nous réalisons alors, qu’au delà de nos personnalités individuelles, nous sommes avant tout un être sensible, vivant des moments de conscience dans lesquels émergent des émotions, douleurs, pensées, désirs, …
Comme bien d’autres animaux.
« Tous sensibles ! », comme dit le slogan.
Les recherches scientifiques sur la sensibilité des animaux se sont multipliées depuis plus de 20 ans. La question de la nature de la conscience redevient un sujet d’étude avec l’émergence de nouvelles théories, nourries de travaux philosophiques innovants et des questionnements de la physique sur la nature de la réalité.
Cette effervescence intellectuelle peut aider à ce qu’une pleine réalisation de notre nature d'êtres conscients imprègne notre culture et nos pratiques. Individuelles et collectives. Souligner ce fondement de notre être, c’est nous rapprocher des autres êtres conscients, humains et animaux. C’est contribuer à placer ce qui est vécu au cœur de la politique, y incluant par là même les autres animaux. Et aider à s’opposer aux radicalisations idéologiques et identitaires, y compris au sein du mouvement animaliste.
La prise au sérieux de la sensibilité des animaux rendra de moins en moins tenable cette immense contradiction entre nos idées et nos pratiques : nous pensons qu'il ne faut pas faire souffrir ou tuer un animal sans nécessité, et pourtant des milliards sont maltraités et abattus chaque année pour en faire de la viande. Cette aberration constitue un frein à la pleine reconnaissance de la sensibilité animale, car il faut bien justifier le contenu de son assiette... Pour cette raison, et vu l'ampleur de ce massacre au quotidien, la revendication d'abolition de la consommation de viande doit devenir la principale revendication animaliste de ce siècle.
Cette revendication sera d'autant plus forte que les individus qui la portent communiqueront -par leur façon de voir et leur manière d'être- que nous sommes tous, avant tout, faits de conscience. Comme ces animaux.
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